
LE LABYRINTHE DE CRÈTE
Ce texte a été diffusé début 1997 par la revue “KADATH”.
Il est intéressant de le lire d'abord…. avant que de lire l'ensemble de ce blog qui commence par :
”Bonjour tout le monde“
http://mixalis.unblog.fr/2009/08/04/bonjour-tout-le-monde/
et qui vous mènera, en remontant , jusqu'en août 2009 !
En 1881, l'Américain Stillman parle, le premier, de “labyrinthe” devant les ruines du palais minoen de Knossos.
Il est vrai que le “dédale” des salles et des couloirs pouvait évoquer ce lieu mythique.
C'est Minos KALOKAIRINOS, un Crétois d'Héraklion, qui avait exhumé, entre 1878 et 1879, ces imposants vestiges; mais c'est un industriel britannique, Arthur Evans, qui sera consacré en 1900 par la postérité en décrétant que Knossos est le siège du Labyrinthe de la Mythologie.
L'affirmation de Sir Evans prend appui, outre l'aspect architectural très complexe du palais, sur 3 autres faits:
1) certains écrits antiques dont ceux d'Homère font allusion à une aire de danse aménagée avec art par Dédale à Knossos. Sur cette aire de danse se déroulait une “danse du Labyrinthe” comme il en existait à Délos.
2) des pièces de monnaie du V ème siècle comportent le dessin de labyrinthes simplifiés, de formes différentes, avec la mention “KNOSION”.
3) quelques auteurs avaient aussi évoqué avant lui l'éventualité que Knossos soit l'emplacement du Labyrinthe. (Note de l'auteur : depuis 1997, il est apparu que le Knossos antique pouvait ne pas être situé où a été localisé “Knossos” par Sir Evans)
Or, avant que cette affirmation péremptoire ne fut faite au début de notre XX ème siècle, le Labyrinthe de la Mythologie n'avait jamais été situé de manière formelle à Knossos, mais en revanche plutôt à GORTYNE. Les allusions au labyrinthe de Knossos ne concernaient, en fait, que la reconstitution commémorative bâtie par Dédale ou étaient le résultat d'interprétations hasardeuses.
Tout était clair, ET dans les textes anciens, ET dans l'esprit et la mémoire extraordinairement fidèle des Crétois, ET dans les diverses communications antérieures à celles d’Evans. C'était à Gortyne, et là seulement, qu'était localisé le labyrinthe mythologique auquel est étroitement liée la légende du Minotaure, tué par Thésée avec l'aide d'Ariane, elle-même au moins demi‑soeur du Minotaure puisque issue de la même mère, Pasiphaé, native d'Axos tout proche et épouse d'un des rois Minos (”Minos” est un titre royal, comme le sont Pharaon ou César.)
Des personnalités éminentes se sont livrées récemment à des études très poussées et particulièrement bien documentée sur le sujet précis de la situation géographique du Labyrinthe. Ces études dont la dernière date de 1986, font le point sur le problème d'une manière remarquable: elles s'appuient toutes deux d'une part sur une étude et une vérification de tous les textes, anciens ou non, recensés à ce jour, se rapportant ou faisant allusion au sujet, d'autre part sur des démarches “in loco”, avec visites des lieux et échanges avec les autochtones.
J'ai moi-même procédé, par précaution en raison de certaines divergences entre les affirmations de ces personnalités, à une vérification supplémentaire de ces analyses, et ce de manière systématique. Les deux personnalités auxquelles je fais allusion sont:
‑ M. Paul FAURE, archéologue français, professeur de l'Université, citoyen d'honneur de la ville d'Héraklion, auteur d'ouvrages traduits en plusieurs langues et dont certains furent couronnés par l'Académie Française.
Certaines de ses oeuvres permettent de cerner au mieux le problème de l'emplacement du Labyrinthe; ce sont notamment :
‑ 1963: communication dans les “KRITIKA KRONIKA” (Chroniques Crétoises) intitulée « A la recherche du vrai Labyrinthe de Crète. »
‑ 1964: “Fonction des cavernes crétoises”, thèse de Doctorat d'Etat (Ed. de Boccard).
‑ 1986; “Ulysse le Crétois” (Fayard. 2 ème édition).
‑ 1987: “La vie quotidienne au temps de Minos” (Hachette. 2 ème édition).
‑ Mme Anna PETROCHILOU, spéléologue et archéologue, Présidente de la Société Spéléologique de Grèce dont elle est co‑fondatrice. Elle a visité plus de mille grottes en Grèce, en Europe et en Amérique. Elle n'a cessé de publier articles et études dans de multiples revues ou encyclopédies et est une autorité incontestable dans les domaines spéléologiques, touristiques, écologiques, …
Elle aussi s'est intéressée au Labyrinthe, au titre de citoyenne grecque et de spéléologue. Elle a ainsi fait 2 publications sur le sujet:
‑ 1984: dans son ouvrage “Les grottes de Grèce” (EKDOTIKE ATHENON), elle mentionne le Labyrinthe de Gortyne en l'assimilant au Labyrinthe de la Mythologie (p 156.157).
‑ 1986: au 6 ème Congrès d'Etudes crétoises de La Canée et au 9 ème Congrès International de Spéléologie de Barcelone, elle faisait une double communication scientifique à propos du Labyrinthe de Gortyne.
En décembre 1993 où j'eus le plaisir de la rencontrer à Athènes, elle me fit part de son intime conviction que le Labyrinthe de la Mythologie ne pouvait être que celui de Gortyne.
LES ETUDES DE M. PAUL FAURE
Il est à noter, avant toute autre chose, que ces études ont été publiées dans les années soixante. M. FAURE avait alors effectué de nombreux séjours en Crète, multipliant les investigations et les rencontres sur le terrain.
Cette précision chronologique est particulièrement importante. En effet, à cette époque, l'entrée du Labyrinthe de Gortyne était condamnée (elle l'est encore aujourd'hui, en théorie), si bien que M. FAURE n'a pu visiter le réseau de galeries. Il faut dire que le Labyrinthe avait été utilisé pendant la 2 ème Guerre Mondiale par les Allemands qui en avait fait un important dépôt de munitions; ils avaient abandonné ce dépôt à la fin de la guerre avec ce qu'il contenait et plusieurs explosions en avaient résulté, dont une mortelle pour 4 personnes.
En raison de cette impossibilité de visite, M. FAURE n'a pu apprécier dans sa réalité l'étendue de la grotte (cf. ANNEXE 1b). Sans doute a‑t‑il craint les exagérations fantasmatiques qu'il avait pu constater en d'autres circonstances. Mes contacts avec lui lui ont fait reconsidérer sa position quant à la mesure du Labyrinthe sans qu'il renonçât toutefois à son hypothèse d'implantation du Labyrinthe à Skotinou (courrier ci‑dessous du 15/03/94 - à la disposition de qui le souhaite)
Dans ses études, M. Paul FAURE établit de manière formelle et incontestable que :
l) Le labyrinthe ne peut être, en aucun cas, le palais du roi Minos: les bâtiments royaux de Knossos ne peuvent être le Labyrinthe.
2) Le Labyrinthe est la demeure du Minotaure, construite ou aménagée pour enfermer et isoler le fils de Pasiphaé.
3) Les coutumes de l'époque rejetaient, en effet, loin de la vue du chef de famille, les créatures difformes et les enfants maudits. (cf. ANNEXE I a).
4) De nombreuses et convergentes études montrent que le mot “labyrinthe” désigne essentiellement un ensemble de galeries plus ou moins taillées dans la pierre (cf. ANNEXE II).
5) Le Minotaure, humain avec une tête de taureau, parfois représenté entre 2 panthères, présente de grandes analogies avec Dionysos.
6) On parle toujours DU Labyrinthe de Crète au singulier, ce qui laisse à penser qu'il n'en existe qu'un ayant emprisonné le Minotaure.
7) Il y a, depuis l'Antiquité, ambivalence ou confusion entre le Labyrinthe de Gortyne et celui situé dans la région de Knossos: on a prétendu que le Labyrinthe avait disparu par destruction humaine ou naturelle ET, jusqu'à nos jours, on maintient l'existence d'un labyrinthe qui existerait encore.
Depuis Homère et jusqu'au II ème siècle, une demi‑douzaine de témoignages situent le labyrinthe prés de l'ancien palais de Minos, vers Knossos et non vers Gortyne. Il est à noter que si Homère a décrit l'aire de la Danse du Labyrinthe édifiée par Dédale au palais de Knossos, il n'a jamais été précisé pour autant que le Labyrinthe était à Knossos. J'en veux pour preuve l'hypothèse émise en 1964 par M. FAURE lui-même puisqu'il situera le Labyrinthe à 20 km à l'Est de Knossos. Gortyne n'est jamais qu'à 40 km au Sud.
9) Des pièces de monnaie du V ème siècle représentent des formes labyrinthiques et portent la mention “KNOSION” (cf. ANNEXE IIIb).
L'HYPOTHÈSE EMISE PAR M. PAUL FAURE :
Pour toutes les raisons précédemment évoquées (et quelques autres), M. FAURE situe le “vrai” labyrinthe de Crète dans la grotte d'Aghia Paraskevi, à Skotinou (20 km à l'Est de Knossos) (Note de l'auteur : ”skotino”, en grec, signifie “sombre, obscur” ).
Cette grotte présente les caractéristiques suivantes:
‑ Pénétration voisine de 160 m.
‑ Dénivellation de 55 m.
‑ Largeur maximale de 63 m et hauteur maximale, sur les 4 étages que comporte la grotte, de 25 m.
‑ Des concrétions, à l'intérieur des salles, rappellent des formes humaines améliorées, de toute évidence, par l'homme. Il existe même un bloc de travertin qui a la forme d'un quadrupède et qui peut évoquer le Minotaure.
‑ Des fouilles ont permis de découvrir des offrandes au pied de ces idoles de pierre. Certaines de ces offrandes datent d'époques très lointaines.
‑ Certains passages de la grotte présentent des difficultés pour la progression; il est parfois malaisé de se repérer car certaines galeries au 2 ème et 3 ème étage se terminent en cul‑de‑sac.
Il convient de formuler quelques remarques:
‑ La grotte de Skotinou est de dimensions petites comparées à celles du Labyrinthe de Gortyne.
‑ Si des textes anciens situent effectivement parfois le Labyrinthe dans la région de Knossos, les auteurs de ces textes ne sont pas tous des témoins fiables, loin s'en faut même pour certains qui n'ont quelquefois fait que reprendre des interprétations déjà hasardeuses.
‑ L'imagination populaire, en Crète et ailleurs, a fantasmé sur des légendes, des mythes, notamment dans les lieux souterrains et obscurs. Les formes bizarres des concrétions vues, de plus, à la lueur vacillante des torches, ont servi de supports permanents à ces fantasmagories et la main de l'homme a souvent amplifié les ressemblances. Rien d'étonnant donc au fait que M. FAURE ait trouvé, dans une grotte où ont lieu, par ailleurs, des festivités populaires annuelles encore de nos jours, des “statues” provenant de concrétions remodelées par l'homme après avoir été élaborées par la nature. Les offrandes retrouvées au pied de ces idoles grossières ne sont que l'illustration de ces pratiques de dévotion populaire. C'est le même phénomène qui a provoqué la profusion des représentations labyrinthiques, en Grèce et hors de Grèce, en Egypte et dans l'Europe médiévale par exemple, de Hampton Court à la cathédrale de Chartres.
LES ETUDES DE MME PETROCHILOU
Bien plus pragmatiques que celles de M. FAURE, les enquêtes de Mme Anna PETROCHILOU qui a, de surcroît, l'avantage d'être Grecque, ont comme caractéristiques de se référer autant aux écrits qu'au terrain, en privilégiant les rapports directs.
En 1984, avec les éléments alors en sa possession (archives, transmission orale, études précédentes, récits journalistiques, …), Mme PETROCHILOU avait rédigé une description du Labyrinthe de Gortyne où elle situait exactement et explicitement la légende du Minotaure (cf ANNEXE IV).
En 1985, elle passa 20 jours à Kastelli, village voisin du Labyrinthe. Elle y rencontra de nombreuses personnes qui détenaient des informations capitales sur le Labyrinthe, étudia de manière scientifique la topographie du réseau de galeries et dressa un plan de l'ensemble avec la rigueur et la précision qu'on lui connaît, Ce plan ne fera l'objet que de publications “confidentielles” en 1986 lors de Congrès à Barcelone et à La Canée.
Dans ses divers textes, Mme PETROCHILOU établit d'une manière formelle:
1) La longueur du Labyrinthe de Gortyne: 2,470 km. Suite à mes constations sur place dont je lui ai fait part, elle admet tout à fait que cette longueur. puisse être sous‑estimée en raison de l'énorme quantité de gravats et décombres accumulée dans les galeries. Ces gravats montant parfois jusqu'aux plafonds peuvent parfaitement masquer les départs d'autres galeries qui m'ont été par ailleurs signalées par divers témoins oculaires.
2) La superficie de l'ensemble du réseau qui s'étend, au moins (cf la remarque précédente), sur 8900 m²
3) La nature de la grotte qui est essentiellement naturelle, même si certains secteurs ont pu être utilisés pour l'extraction de blocs de pierre pour la construction de villes minoennes. En effet, le réseau comporte de longs et étroits couloirs sinueux reliant entre elles des salles sculptées. Ce genre de configuration exclut l'hypothèse que le Labyrinthe ait été une carrière de pierres, au moins dans ses parties profondes. (Note de l'auteur : des examens approfondis ont fini depuis par montrer que même ces parties profondes avaient été “carrières”. Mais ces secteurs sont ensuite devenus un réseau de couloirs… où l'on peut même parfois retrouver les traces des “véhicules” qui transportaient les pierres….)
4) L'emplacement de l'entrée qui se trouve à flanc de colline, à une altitude de 220 m. Ce sont les Allemands qui ont construit la route empierrée qui y conduit ; ceci aussi contredit l'hypothèse de la carrière de pierres puisqu'il aurait été impossible de transporter les blocs extraits jusqu'à la plaine de la Messara. (Note de l'auteur : ceci peut aujourd'hui se discuter car des dessins datant des années 1850 montrent, devant l'entrée historique, un “plateau” qui n'existe plus de nos jours….)
Mme PETROCHILOU donne une bibliographie très détaillée et très complète (cf ANNEXE VI ) où il apparaît, outre des descriptions du site dont certaines assez anciennes, que le “labyrinthe” de Knossos est souvent différencié de celui de Gortyne, ce dernier étant plutôt considéré comme la résidence permanente du Minotaure.
Mme PETROCHILOU, même si elle manifeste une prudence justifiée quant à I'identification formelle du Labyrinthe de Gortyne comme Labyrinthe Mythologique, a l'intime conviction que c'est à Gortyne que Thésée tua Minotaure.
Elle a eu l'occasion de connaître les travaux de M. Paul FAURE puisqu'ils ont même collaboré à la mise en valeur du patrimoine spéléologique grec par leurs investigations et publications communes. Mais ceci n'a pas altéré sa conviction que mes propres études m'amènent à partager désormais.
MES ENQUÊTES PERSONNELLES
J'ai entendu parler du Labyrinthe de Gortyne d'une manière tout à fait fortuite en 1993. J'étais à Aghious Deka, un soir. A ma question de savoir d'où pouvait venir une chauve-souris qui me survolait, un ami me répondit: “Du Labyrinthe”, et ce d'une manière absolument naturelle.
Il était Crétois et pour lui, ceci n'avait rien d'extraordinaire alors que ma “culture” m'avait seulement permis de concevoir l'existence du Labyrinthe à Knossos, comme l'avait affirmé Sir Arthur Evans et bien d'autres après lui. A plusieurs reprises même, j'avais visité le site de Knossos, souvent sceptique, certes, mais…
Depuis lors, je n'ai eu de cesse de trouver tous les éléments qui me permettraient de me faire une opinion personnelle sur la question. Ce que je fus ainsi amené à découvrir m'a incité à faire cette communication pour attirer l'attention de spécialistes bien plus compétents que moi afin que le point fut fait sur ce problème et que d'éventuelles mesures de prospection, de protection, etc. . . soient prises.
Mes enquêtes m'ont amené à reprendre les investigations de ces deux personnalités. J'ai pris contact avec M. FAURE et Mme PETROCHILOU qui m'ont très aimablement livré toutes leurs sources. J'ai contacté d'autres “spécialistes”, ai contacté différents organismes ou individus qui, à divers titres, avaient eu à connaître de ces histoires de labyrinthes.
L'ensemble des résultats de cette analyse très importante m'amène à favoriser amplement, et même définitivement l'hypothèse de Mme PETROCHILOU, à savoir que le Labyrinthe de la Mythologie ne peut être que le Labyrinthe dit de Gortyne, appelé parfois de Crète ou de Roufas ou encore d'Ampelouzos. (Note de l'auteur : depuis cette date, d'autres éléments me permettent simplement de dire que le “Labyrinthe de Gortyne” est celui qui présente les caractéristiques les plus “proches” de celles que pourraient présenter le “labyrinthe” suggéré par le mythe… !)
Les arguments qui plaident en faveur de cette hypothèse sont nombreux et parfois minces. Aussi me suis‑je contenté de sélectionner ceux qui me paraissent les plus probants. En d'autres termes, cela signifie que d'autres arguments existent encore et que “la porte reste ouverte” pour de plus amples recherches:
1) Depuis l'Antiquité, il n'a jamais été question que d'UN SEUL Labyrinthe en Crète. Depuis I'Antiquité, seul le Labyrinthe de Gortyne s'est appelé “Labyrinthe” et il se nomme toujours ainsi actuellement, y compris sur les cartes mises à la disposition des touristes qui voyagent en Crète.
2) L'entrée du Labyrinthe de Gortyne se trouve à 500 m du village de ROUFAS. “Roufas”, en grec, désigne “celui qui avale, qui gobe”. Le Minotaure?. . .
3) L'Ida ou Psiloritis, montagne aux deux cornes, à ce titre symbole minoen évocateur du taureau s'il en est, est visible de Phaistos d'où l'on peut aussi voir le Labyrinthe.
4) Les légendes locales transmises avec fidélité depuis la nuit des temps, à travers les générations de Crétois, font toutes état de diverses versions plus ou moins romancées où le Labyrinthe est constamment situé à Gortyne. Quelques versions parlent d'une issue qui déboucherait aux alentours de Knossos.
5) De nos jours, et j'en ai fait l'expérience personnelle, les Crétois ( de Messara ) se gaussent de l'affirmation d'Arthur EVANS et situent tous le Labyrinthe à Gortyne, et là seulement. Les anciens sont même très surpris qu'il puisse y avoir un doute quelconque sur son implantation.
6) De nombreuses cartes vénitiennes ou flamandes (1640; De WITT, 1658: BLAEU) mentionnent le réseau de galeries avec un dessin de forme labyrinthique, en le nommant “Laberinttio”.
Des reproductions fidèles de ces cartes sont aisées à trouver chez les bons libraires crétois. L'une est même visible dans le “Nelles Guide”de 1993 (p.29).(cf ANNEXE Vll)
7) Entre 1415 et 1419, un prêtre florentin, Cristoforo BUONDELMONTI, assimile le Labyrinthe de Gortyne à celui de la Mythologie. A partir de ses récits, tous les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte allèrent visiter la “grande carrière où Thésée, parait‑il, avait tué le Minotaure, prés de Gortyne” (Paul FAURE)..
De grands voyageurs italiens partagent largement ce point de vue, tels Léonardo Quérini de Venezia (XVe), Francesco Basilicata (1630).
9) Divers scientifiques ont visité cette grotte, chacun apportant sa contribution à la recherche de la Vérité. Franz Wilheim SIEBER établira en 1810 une carte du Labyrinthe, avec des noms de sa propre invention, la plupart ayant été inspirés de la mythologie grecque ancienne et ayant une relation avec Thésée, Ariane et le Minotaure. La Société Spéléologique de Grèce a conservé et complété ces noms. Aucun de ces scientifiques, avant Evans, n'a mis en doute la réalité du Labyrinthe de Gortyne comme mythique.
10) Je me suis rendu à plusieurs reprises dans le Labyrinthe, en 1994, malheureusement sans le plan de Mme PETROCHILOU dont j'ignorais alors les travaux. Je puis attester que, si quelqu'un veut tenter de prendre conscience de ce que peut être un labyrinthe, c'est bien là qu'il faut se rendre ! Le mot prend ici tout son sens.
11) La région de la Messara où se situe Gortyne (”LARISSA” à l'époque minoenne - ce qui signifie “citadelle”, tout comme “gortys” - ) foisonne de vestiges minoens dont une infime partie seulement a été fouillée. Mais la concentration de ces vestiges, leur qualité et leur intérêt, leur cohérence aussi, font de ce lieu un endroit particulièrement propice à l'implantation de cette civilisation minoenne si mystérieuse et si attirante par ses légendes et ses mythes: le Labyrinthe avec son Minotaure y trouve “naturellement” sa place. D'ailleurs, sur le site même de Gortys, de l'autre côté de la petite rivière qui borde l'Odéon, il a existé une galerie longue d'une centaine de mètres, comblée au bulldozer par l'Ecole d'Agriculture voisine, et qui s'appelait “Labyrinthaki”.
12) De nombreuses visites ou occupations irrespectueuses du passé ont détruit des traces anciennes intéressantes.
On peut ainsi comprendre pourquoi une investigation menée par l'administration grecque a pu aboutir à considérer qu'aucun indice fiable n'existe pour affirmer que le Labyrinthe de Gortyne est le Labyrinthe mythologique.
J'ai découvert, par exemple, que:
‑ des inscriptions du XlV ème siècle étaient autrefois visibles dans les galeries.
‑ les Allemands, lors de 1'”aménagement” des galeries, ont jeté à l'extérieur, sans autre forme de procès, des crânes humains qui étaient entassés dans 2 salles au fond de la grotte. (Note de l'auteur : cette affirmation faite par un seul témoin n'a jamais été confirmée et elle doit donc être remise en question voire être annulée)
‑ en 1822, la population locale s'est réfugiée dans les galeries pour résister aux Turcs. En 1842, le plan très approximatif établi par l'instituteur de Thira, Antonios SIGALA fait même état de stalles aménagées pour les animaux à l'intérieur (cf. ANNEXE III a). (plan à votre disposition sur demande)
CONSTATS ET CONCLUSIONS
Mes visites dans le Labyrinthe et mes différentes recherches m'ont amené à faire un certain nombre de constats alarmants:
. Le Labyrinthe a subi de nombreuses transformations et destructions intempestives lors de la Seconde Guerre Mondiale. Les témoins oculaires de l'état antérieur des galeries sont petit à petit en train de disparaître.
. Les phénomènes d'érosion sont importants pour ces roches tendres et la partie de la falaise qui surplombe l'entrée présente de sérieux risques d'effondrement.
. Des munitions sont encore entreposées par endroits. Même si elles sont en relative faible quantité car les Crétois ont récupéré le métal des obus, même si elles sont stockées depuis 50 années maintenant, le risque actuel d'explosion n'est pas totalement à écarter. Est‑iI besoin de rappeler que des explosions mortelles ont eu lieu par le passé.
. Des visiteurs non compétents et peu respectueux peuvent accéder sans problème au site et, même si une exploration excédant le kilomètre dans les galeries s'avère très vite périlleuse (le mot “labyrinthe” prend vite ici son vrai sens), un certain risque de détériorations préjudiciables, voire de pillages, existe, et cela même si ma prospection actuelle n'a rien laissé apparaître comme pièces d'antiquités ou autres “trésors”.
. Des traces contemporaines nombreuses et évidentes (détritus, ficelles,…) attestent du passage récent de “touristes” dont il n'est pas certain que tous manifestent le respect dû au site magnifique et extraordinaire.
. Une exploration systématique et approfondie, tant sur le plan topographique qu'archéologique, si l'on excepte l’œuvre de Mme PETROCHILOU (mais qui peut être incomplète), n'a jamais été entreprise dans les temps actuels, avec le sérieux, la motivation et les moyens que nécessite la prospection d'un tel endroit.
Pour toutes ces raisons, avant de proposer ma conclusion, je souhaite citer celle de Mme Anna PETROCHILOU, si significative:
“Qu'il soit le Labyrinthe mentionné dans la Mythologie grecque ancienne ou pas, le Labyrinthe de Gortyne est d'une grande importance au niveau international à cause de sa formation… et aussi à cause de l'admirable élaboration artistique de certaines de ses sections par les hommes d'un âge lointain, dans des conditions qui, même aujourd'hui, seraient considérées comme difficiles et dangereuses pour la santé humaine.”
Ma conclusion sera la suivante: il est urgent de faire en sorte:
1) que le Labyrinthe soit méthodiquement exploré avec les moyens modernes dont nous disposons, en tentant de dépasser les connaissances déjà acquises.
2) que le site soit protégé et des dégradations naturelles, et des visites intempestives.
3) que le site soit rendu sûr par l'évacuation des explosifs, le dégagement de certaines galeries partiellement effondrées, et l'étayage de certains secteurs fragilisés par le temps et des explosions internes.
4) que, ces conditions étant remplies, l'accès en soit rendu possible pour des visites touristiques qui seraient respectueuses du lieu, car ce Labyrinthe appartient, à mon avis, au Patrimoine Culturel de l'Humanité.
Qu'il me soit enfin permis de rendre justice ici à un illustre Crétois, malheureusement “éclipsé” par des “vedettes” étrangères. Il s'agit de Minos KALOKAIRINOS, originaire d'Héraklion. En 1857, à l'âge de 14 ans, il dégageait du sol les premières lignes des Lois gravées derrière l'Odéon de Gortyne. En 1878, admiratif devant les travaux d'Heinrich SCHLIEMANN pour ressusciter Ulysse, il décidait d'exhumer, à ses frais, de décembre 1878 à février 1879, l'antique Knossos.
C'est donc Minos KALOKAIRINOS qui a véritablement éveillé le héros antique que fut Ulysse. C'est lui qui a jeté les solides bases de l'archéologie crétoise; l'Américain STILLMAN divulguera ses découvertes. Puis interviendront Arthur EVANS, D. MACKENSIE et D.T. FYFE.
La renommée internationale consacrera EVANS parce qu'il disposait des moyens de faire connaître ces informations mais, en réalité, c'est à ce modeste Crétois que les “honneurs” de cette fabuleuse découverte doivent revenir, je le répète et insiste, comme M. Paul FAURE l'a déjà fait avant moi. Grâce à lui et à sa ténacité, l'histoire de la Grèce et de la Crète, il y a à peine 100 ans, a reculé de 1300 ans.
Il resterait, pour mettre un point final à cette communication, à démontrer quelle est la part de la réalité dans la légende du Minotaure.., mais ceci est une autre histoire. Toutefois, “il n'y a pas de fumée sans feu” et nous disposons de quelques indices troublants:
‑ Minotaure présente de nombreuses analogies avec Dionysos; j'ai déjà mentionné le fait que Minotaure et Dionysos étaient tous deux représentés avec une tête de taureau et entourés de deux panthères.
‑ Dans le dionysisme, on se distingue des pratiques de la cité notamment avec le mode culinaire: le modèle du dionysisme est l'omophagie. On mange la chair crue d'une victime animale capturée et déchiquetée après une poursuite sauvage. Mais les bêtes, les hommes et les dieux se confondent et sont interchangeables si bien qu'à l'extrême, le Dionysisme contraint à l'anthropophagie. Et Minotaure dans son Labyrinthe?
‑ D'autre part, Dionysos n'est jamais entièrement inscrit dans la cité. Il est l'Ailleurs et est en relation privilégiée avec la nature non civilisée, avec les puissances du monde sauvage. Minotaure est‑il inscrit dans la cité?
‑ Enfin, depuis quelques années, on s'interroge très sérieusement sur la possibilité que les minoens, dans certaines circonstances, n'aient eu des mœurs anthropophagiques; les découvertes de 1979 à Anemospilia et à Arkhanés incitent à cette hypothèse, surtout si on rapproche ceci de la mythologie: le jeune Zeus, alors chez les Curètes, fut attiré hors de chez eux par les Titans qui le capturèrent, le découpèrent et le dévorèrent.
Que de points communs mais… ceci n'est pas l'objet de cette communication
BIBLIOGRAPHIE
L'annexe VI contient une bibliographie importante provenant de Mme PETROCHILOU. Dans ses divers ouvrages, M. FAURE a, lui aussi, indiqué une imposante documentation qui recoupe celle de Mme PETROCHILOU. Il est toutefois utile d'ajoute
‑ Pierre GRIMAL: Dictionnaire de la mythologie gréco‑latine.
‑ Robert GRAVES: Les mythes grecs (Pluriel).
‑ Georges COX: Les Dieux et les Héros. 1867 (Hachette).
‑ J. LACCARIERE: L'été grec. “Terre Humaine”.1976 (Pion).
‑ M. Mme ETIENNE: La Grèce antique, archéologie d'une découverte. 1990 (Gallimard).
‑ ENCYCLOPAEDIA UNIVERSALIS, éd. 1990, tome 6, P.756‑759.
‑ M. COMTE: Les Héros mythiques et l'Homme de toujours. 1993 (Seuil).
‑ Pierre VIDAL‑NAQUET: Le chasseur noir. 1991 (La Découverte)
- Paul de SAINT HILAIRE : L’Univers Secret du Labyrinthe (R. LAFFONT. 1992)
ANNEXES
‑ ANNEXE I : Extraits d'ouvrages de M. Paul FAURE .
A la recherche du vrai Labyrinthe de Crète.
Fonctions des cavernes crétoises.
- ANNEXE II : Extraits des KPHTIKA XPONIKA (Paul FAURE)
‑ ANNEXE III : Plan du Labyrinthe par A. SIGALA . 1842.
Pièces de monnaie du V ème siècle.
- ANNEXE IV : Extrait de “Les grottes de Crète” (EKDOTIKE ATHENON . 1984)
Le Labyrinthe de Gortyne par Mme Anna PETROCHILOU.
‑ ANNEXE V : Plan du Labyrinthe de Gortyne établi par Mme PETROCHILOU en 1985.
‑ ANNEXE VI : Bibliographie.
‑ ANNEXE VII : carte flamande de DE WITT . 1640 .
‑ ANNEXE VIII : Comparaison d'un plan de 1821 et de celui de 1985 établi par Mme PETROCHILOU‑
- ANNEXE IX : Extrait de “Ulysse Le Crétois” de M. P. FAURE